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Juillet 2021

Annonce du n°13

Miroir est annoncé pour l’automne 2021.

Il fallait bien que la m/f se frotte à l’une des métaphores les plus prégnantes de toute la littérature occidentale : à l’occasion de ce treizième numéro, le superstitieux fourbi rompt la glace et en prend pour sept ans de littérature. Les bons livres, au Moyen Âge, se baptisaient « miroirs » en signe de leur engagement à transcrire fidèlement la réalité : on sait que par la suite, les uns comme les autres se mirent à mentir… Au sortir des réclusions pandémiques, il importait de nous retrouver, de retrouver ce qui nous reste : c’est chose faite mais nos livres, comme nos miroirs, sont plus que jamais douteux.

Toutes les contributions de ce numéro d’automne, habillées par Christophe Burine, s’approprient ce doute, chacune à sa façon. Cette treizième livraison se voue aux doubles, aux réfractions, au dialogue du Moi et de l’Autre, aux symétries trompeuses entre la chair et les mots : en somme, à tout ce qui fait l’écriture

Philippe Annocque, à quatre mains avec son double, nous livre un texte (ou son reflet) de cosmétique existentielle, traitant d'un presque-chauve qui se retrouve bien chevelu, de chirurgie esthétique, de solitude dédoublée. Avec Antonin Crenn, la littérature s’exhibe comme animal à plusieurs têtes où peut s’interroger et se réinterroger sans cesse la question du double et de ses fac-similés (réel/fiction, personnage/narrateur, vécu/décalé). Comme dans la vie, somme toute… Noëlle Rollet (ou une personne qui lui ressemble) a, elle aussi, longtemps séjourné au pays des doubles, séjour qui lui revient en mémoire et qu’elle interroge à l’occasion de sa découverte de L’Écrivain et l’autre, de Carlos Liscano. Quant au philosophe Jean-Clet Martin, il propose une déambulation érudite sur les rétines de l’univers, à travers la phénoménologie et ses avatars, rencontrant les jeux spéculaires de Borges, Bergson, Spinoza, Philip K. Dick et de quelques autres…

D’autres fourbisseurs ont pris plus directement langue avec la catoptrique, soit la géométrie des miroirs, et ses enjeux plastiques. Avec Olivier Salon, pour l’œil de l’Oulipo, la réflexivité prend forme autour de Cortázar, des miroirs de Xavier Veilhan qui habillent le château de Rentilly ou encore, d’une figure topologique chère à Lacan, la bouteille de Klein. Anthony Poiraudeau s’intéresse au grand plasticien Robert Smithson, pionnier du land-art et inlassable expérimentateur de réfractions visuelles. Autour d’un texte que l’artiste rédigea en 1967 à l’occasion d’un voyage en bus entre Manhattan et Passaic, il sera question des perspectives fondatrices de Smithson autour du miroir comme outil de dislocation.

Historienne de l’art et théoricienne, l’universitaire Soko Phay ne cesse d’interroger dans ses recherches le dispositif esthétique du miroir, depuis la peinture de la Renaissance jusqu’aux expérimentations contemporaines, dans ses rapports ambigus à la mimèsis. On lui doit, entre autres, un ouvrage essentiel, Les Vertiges du miroir dans l’art contemporain, paru en 2016 aux Presses du réel. Elle en discute avec la m/f au cours d’un riche entretien.

Entre surface et profondeur, le cinéma lui aussi cultive avec les miroirs des relations consanguines. Hélène Gaudy s’est intéressée à un film méconnu, Le Plongeon (The Swimmer), du rare Frank Perry : soit l’histoire d’un homme qui voyage de piscine en piscine. Le Miroir est aussi le titre du film le plus mystérieux et introspectif du cinéaste russe Andrei Tarkovski, œuvre presque impossible où l’autobiographie se dissout dans la sensation pure. Sarah Chiche a accepté de s’y frotter pour nous : « Le texte ne sera pas directement lié à Tarkovski, nous écrit-elle. Ce sera des fragments, des brisures, au croisement de la littérature et de l’essai plus théorique. »

Dans ce treizième numéro, les reflets de l’enfance ne seront pas en reste. Lou Darsan revient sur une obsession de petite fille pour les miroirs et les miroirs magiques : Blanche Neige, Tolkien, mais aussi l’éblouissant Palais de glace du Norvégien Tarjei Vesaas. On ne pouvait pas oublier la plus célèbre passe-miroir de la littérature dite jeunesse : Hugues Leroy a clopiné derrière Alice sur l’échiquier— pour découvrir, de l’autre côté, une inquiétante machine à empêcher les petites filles de grandir.

Évoquons aussi quelques voyageurs en pays spéculaire. Zoé Balthus nous écrit d’Inde, mais sa littérature ne connaît ni tain ni frontière. Sa « Déesse indigo » nous promène, de miroir en miroir, de double en avatar, au gré de digressions inattendues, à travers les Indes — en compagnie de la redoutable divinité hindoue Kâlî, de Rudyard Kipling ou encore, d'un vieux maître yogi… Frédéric Fiolof, quant à lui, se demande de quoi un paysage pourrait être le miroir : il est allé taquiner un étrange engouement personnel dans les clichés de Camargue Secrète, recueil du grand photographe Lucien Clergue. De par-delà les mers, Sabine Huyhn nous revient le temps d’un poème. Et nous donnons des vers d’Ocean Vuong, jeune auteur vietnamo-américain dont l’écriture est hantée par les vestiges de la guerre, et dont le superbe roman autobiographique Un bref instant de splendeur a paru cette année, en français, chez Gallimard.

Du côté de nos cahiers photo et dessin, nous prenons avec plaisir, à travers une photographie, des nouvelles de Pierre Escot, poète et plasticien, qui avait déjà contribué à notre numéro de confinement en ligne. La dessinatrice Juliette Mancini nous livre des planches de son dernier roman graphique, Éveils, paru cette année : autobiographie en forme de coup de poing, portrait d’un corps de fille en devenir au miroir du patriarcat ordinaire, tout à la fois récit acéré et geste graphique d’émancipation. La spécularité joue aussi dans le travail du photographe japonais Seiichi Furuya — pour dire, inlassablement, la solitude et le deuil d’une compagne de vie et d’image : son splendide recueil Face to Face, dont nous donnons des extraits interroge l'absence, le temps, l’au-delà des visages.

Après six années de stabilité, dans le souci de pérenniser son aventure, le fourbi se résigne à augmenter d’un euro le prix de sa revue. Miroir coûtera donc 15 € en librairie. Mais le numéro est d’ores et déjà disponible à la précommande en ligne, à un tarif très avantageux. N’attendez pas pour en profiter ! La souscription expire le 8 octobre.

Souscription en ligne jusqu’au 8 octobre 2021, au tarif exceptionnel de 13,00 €/ex. au lieu de 15,00€, à frais de port réduits. Vous pouvez aussi nous adresser une commande par courrier ou encore, à partir du 15 octobre, retrouver ce n°13 dans toutes les bonnes librairies.